Wat mengs du ? - L’esprit d’entreprise célébré, les indépendant·e·s oublié·e·s

Par Misch Pautsch

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L'économie a besoin d'entreprises pour prospérer et assurer des emplois. Toutefois le discours politique en faveur des entrepreneur·euse·s ne s'est toujours pas concrétisé par une réforme pourtant annoncée du statut des indépendant·e·s. C'est ce que souligne Alexa Ballmann, vice-présidente de la Fédération des artisans, dans cette carte blanche.

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Le Luxembourg veut davantage d’esprit d’entreprise : plus de créations, plus d’initiatives, plus de personnes prêtes à prendre des responsabilités. Mais celles et ceux qui franchissent réellement le pas le constatent vite : l'éloge politique de l’entrepreneuriat va beaucoup plus loin que la protection accordée aux indépendant·e·s.

En tant que vice-présidente de la Fédération des Artisans, je rencontre régulièrement des femmes et des hommes qui vivent pour leur entreprise. Ils·Elles investissent leur argent, embauchent et répondent de leurs décisions. Lorsque la situation se dégrade, ils·elles se demandent d’abord comment payer les salaires et les factures – et seulement ensuite si quelqu’un peut les aider. Cela fait partie de la responsabilité entrepreneuriale. Mais responsabilité ne doit pas signifier protection au rabais.

La pandémie aurait dû marquer un tournant. Elle a montré que de nombreux dispositifs étaient conçus avant tout pour les salarié·e·s et que l'État a dû improviser des aides pour les indépendant·e·s qui avaient la chance d’être éligibles. À l'époque, tout le monde promettait d’en tirer les leçons. Six ans plus tard, les indépendant·e·s attendent toujours.

"Si nous voulons que des entreprises soient créées, reprises et développées, nous devons offrir un statut fiable aux personnes qui les portent."

L'accord de coalition prévoit pourtant un traitement égalitaire du travail salarié et du travail indépendant ainsi qu'une réforme du statut de l'indépendant·e. Les lacunes sont connues. Un·e indépendant·e contraint de cesser son activité peut bénéficier d'indemnités de chômage, mais seulement sous plusieurs conditions, dont au moins deux années d'affiliation au Luxembourg. En cas de force majeure, d'intempéries ou d'un incident technique involontaire, les mécanismes de chômage partiel peuvent compenser la perte de salaire des employé·e·s. Le revenu de l'indépendant·e qui maintient pourtant l'entreprise à flot reste en dehors du dispositif.

Une autre inégalité apparaît dans les cotisations sociales. Dans le cas d'un·e salarié·e, leur financement est partagé : une partie est supportée par le·la salarié·e, l'autre par l’entreprise. L'indépendant·e, de son côté, prend en charge sa part privé et la part professionnelle de la cotisation. Il assume donc personnellement une charge qui, pour un·e salarié·e, est en partie prise en charge par l'entreprise.

À propos de l'autrice

  • Alexa Ballmann est une entrepreneuse indépendante, gérante de deux instituts de beauté à Oetrange et Keispelt. Elle a présidé la Fédération des diplômés en soins esthétiques et en pédicure ainsi que Jonk Handwierk. Elle a également dirigé la Confédération Hair Beauty and Tattoo Guild. Vice-présidente de la Fédération des artisans depuis 2022, elle siège au comité de la Chambre des métiers ainsi qu'au conseil d'administration de la Fédération des jeunes dirigeants, de la CNAP, de la CNS et de Luxinnovation.

La Fédération des artisans demande que cette réalité soit également reconnue sur le plan fiscal. La part correspondant à la charge personnelle doit rester déductible chez l'indépendant·e. Celle qui correspond à la part patronale doit pouvoir être considérée comme une charge de l'entreprise. Il ne s’agit ni d'un privilège ni d'une double déduction. Il s'agit d'appliquer une logique comparable à deux formes de travail différentes.

Il faut également moderniser le statut du ou de la conjoint·e aidant·e et protéger les indépendant·e·s contre les interruptions d'activité qu'ils·elles n'ont ni provoquées ni pu éviter. Nous ne voulons pas transformer les indépendant·e·s en salarié·e·s. Choisir l'indépendance, c’est opter pour un autre rapport au travail et au risque. Mais différent ne signifie pas inférieur.

Ce qui me dérange, c’est cette contradiction : dans les discours, nous célébrons l’esprit d’entreprise. Lorsque les difficultés surviennent, nous traitons les entrepreneur·euse·s comme une catégorie périphérique de notre modèle social. Ce n'est pas ainsi que nous donnerons envie d'entreprendre. Si nous voulons que des entreprises soient créées, reprises et développées, nous devons offrir un statut fiable aux personnes qui les portent. Les indépendant·e·s n’ont pas besoin d'une nouvelle déclaration en faveur de l'entrepreneuriat. Les indépendant·e·s ont besoin de la réforme promise.

Wat mengs du ?

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