Quand l'optimisme des marchés vire au scepticisme

Contenu sponsorisé

Écouter cet article

La première moitié de 2026 a démontré que, sur les marchés financiers, optimisme peut très vite se transformer en scepticisme et vice versa. C'est le sujet de l'épisode actuel du podcast Evergreens by Spuerkeess, désormais disponible sous forme d'article.

Une euphorie autour de l'intelligence artificielle qui n'est toujours pas retombée, des valorisations record, une banque centrale en mutation et une nouvelle dynamique sur les marchés financiers : afin d'analyser la première moitié de 2026, Bryan Ferrari s'est entouré de trois experts de Spuerkeess.

Julien Ensch est Head of Client Relationship Management.

Julien Kohn est Investor Relations Manager.

Nick Huberty est Sales Trader.

Ensemble, ils ont analysé pourquoi les semi-conducteurs dominent les marchés de l'I.A., quels rôles jouent l'or, l'énergie et le Japon dans l'évolution actuelle et l'impact des décisions prises par les banques centrales en Europe et aux USA.

Bryan Ferrari : Afin d'analyser les six premiers mois de 2026, commençons par les attentes. Qu'est-ce que les marchés avaient prévu et avaient-ils raison ?

Julien Ensch : On a eu un début d'année similaire aux six années précédentes où on était globalement tous optimistes. Puis après quelques mois, les choses ont pris une autre tournure. On était parti du principe qu'on aurait une bonne croissance globalement – surtout en Amérique, un peu moins en Europe, mais tout de même encore solide – et une inflation sous contrôle. C'était d'ailleurs le cas en début d'année. Mais bon, comme on le sait maintenant, les choses se sont passées un peu différemment…

Julien Ensch

Bryan : Les deux premiers mois m'ont avant tout marqué. Les investisseurs avaient tendance à se diriger vers tout sauf l'Amérique.

Julien Ensch : C'est exact. Les valeurs liées à l'IA se portaient bien et certains émetteurs sont devenus méfiants. Ils se sont dit, d'accord, il faut qu'on se diversifie un peu plus et c'est peut-être le moment de se positionner davantage sur l'Europe.

Bryan : Ensuite, nous avons eu un vent favorable en termes de devise. Un dollar faible, des prévisions selon lesquelles on aurait un pétrole abondant… Mais finalement les choses se sont passées différemment.

Julien Ensch : C'est vrai, on était vraiment dans une configuration où nos investisseurs pouvaient prendre des risques et être optimistes. Ça s'est aussi reflété dans les performances des deux premiers mois. Je pense que, dans l'ensemble, les performances des deux premiers mois n'étaient pas mauvaises du tout.

Nick Huberty : En ce début d'année aussi, malgré les pressions sur les taux, l'or et l'argent sont devenus un actif spéculatif plutôt que refuge. Ils ont connu une folie extrême. Ces métaux réagissent aujourd'hui avec les bourses, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Bryan : Le cuivre, un autre métal, est quant à lui toujours proche de son pic historique. Ce n'est plus le proxy des taux, mais c'est un proxy de l'IA.

Julien Kohn : Le cuivre, on en a besoin dans tout. Ce n'est donc pas une surprise qu'il soit le métal qui continue à bien se comporter. Le cuivre est difficile à extraire. C'est toujours la même discussion. Une demande augmente, l'offre a du mal à suivre et en conséquence, le prix reste là où il est. Dans le contexte actuel où on connaît une vague d'intelligence artificielle, c'est logique. Est-ce que ça peut continuer comme ça ? On l'a vu avec l'or et l'argent, le vent peut tourner. Toutes ces belles choses qui brillent, elles aussi peuvent nous faire mal un jour.

Bryan : Parlons d'excès et de folie… SanDisk et Micron, que quasiment personne n'avant dans son portefeuille, et les acteurs coréens actifs dans la mémoire, sortis de nulle part, ont fait des performances allant de 100 à 500%…

Nick : La demande chez ces entreprises explose actuellement. Ce qui s'est passé, c'est que les capacités de production ne suffisaient plus pour construire des semi-conducteurs et qu'il a fallu l'étendre à d'autres acteurs. Parmi eux, il y en a un qui, entre-temps, est devenu une entreprise à mille milliards de dollars. C'est pourtant une entreprise qui, il y a deux ans encore, faisait des pertes. Elle a une volatilité extrême, pas seulement au niveau du chiffre d'affaires, mais surtout au niveau de son résultat net. En ce moment, ça bouillonne, mais c'est un business extrêmement cyclique.

Bryan : Ceux qui défendent l'idée selon laquelle le cycle de la mémoire a changé disent que désormais on conclut des contrats qui sont à extrêmement long-terme. Micron, par exemple, a conclu un contrat avec NVIDIA pour dix ans. Samsung fait pareil. En conséquence, ils disent que le business est moins cyclique. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas sortir de ce contrat le jour où les choses tournent.

Nick : C'était justement ma prochaine remarque. Ces contrats, y compris les commandes de puces, se passent un peu comme sur le marché obligataire, où la plupart des acteurs, s'ils souhaitent obtenir une allocation de cinq millions quelque part, soumettent un ordre bien plus important. C'est une réalité. Pour les semi-conducteurs, ça semble être similaire. Simplement par peur de ne pas obtenir assez vite les puces à court terme, on passe des commandes qui peuvent être annulées relativement rapidement. En parallèle, je me suis replongé ces dernières semaines dans la situation des années 2000, où on s'attendait à ce que le trafic internet double tous les trois mois, pour voir ce qui s'était passé à l'époque. Il arrive un moment où, à un tel niveau de valorisation, il suffit que les carnets de commandes ne fléchissent que légèrement pour que ça déclenche l'effondrement de ces énormes capitulations. Il faut donc faire attention parce qu'en ce moment, on extrapole vers l'avenir une croissance immense que nous avons eue récemment. La bourse réagit toujours de manière excessive, à la hausse comme à la baisse.

Bryan : Quel enseignement l'auditeur doit-il tirer de tout ça ? Parce qu'il est difficile aujourd'hui d'investir de façon passive, sans avoir de valeurs en portefeuille. Si on regarde les marchés émergents, comme la Corée du Sud ou Taïwan, et leurs indices, la surperformance vient de trois ou quatre entreprises.

Julien Ensch : Les marchés émergents, c'est aussi la Chine. Une grande partie des indices de marchés émergents est désormais composée des grandes valeurs technologiques chinoises liées à l'IA. Je pense que tout le monde est conscient que la musique ne continue que tant que les bénéfices de ces entreprises restent bons. Personne ne sait combien de temps ils resteront bons. Ça entraîne une certaine nervosité. On l'a vu ces derniers jours. Il suffit parfois d'une simple annonce et ça se traduit par une baisse de 15 %.

Nick Huberty

Bryan : Vous avez dit que tout peut vite tourner… Du côté de la Fed aussi, ça a tourné. Jerome Powell, ancien président, a laissé sa place à quelqu'un d'autre, lui aussi choisi par Donald Trump. En revanche, Jerome Powell est encore au comité.

Julien Ensch : Trump n'était pas un grand fan de Jerome Powell, il n'était pas très emballé par sa politique monétaire. Il aurait bien aimé des taux plus bas en Amérique. En conséquence, il y avait une certaine crainte que le nouveau candidat serait quelqu'un qui aille dans le sens de Trump. C'est pourquoi Powell a probablement insisté pour rester un peu plus longtemps. Mais nous voyons cependant, pour le moment, que ce n'est vraiment pas le cas. Que ce nouveau candidat ne va pas du tout dans le sens de Trump. On va voir combien de temps cela plaira à Trump. Jusqu'à présent, il ne s'est pas encore exprimé à ce sujet, mais si ça continue comme ça, je pense que ça ne durera plus très longtemps.

Nick : C'est une question de temps. Kevin Walsh n'a historiquement jamais été un ami d'une politique monétaire extrêmement accommodante.

Bryan : La politique monétaire va rester intéressante. Chez nous, Madame Lagarde a dit la semaine dernière qu'elle ne voit désormais plus de besoin de faire quoi que ce soit. Mais la politique monétaire accommodante a tout de même conduit à ce qu'il y ait beaucoup de spéculation. Par exemple à travers des phénomènes comme les ETF à effet de levier sur actions individuelles. On peut acheter un ETF à triple levier sur Tesla, sur SK hynix…

Julien Kohn : Ou deux fois SpaceX maintenant !

Bryan : Deux fois SpaceX… Celui-là est sorti le jour même où l'introduction en bourse a été pricée. On pouvait acheter deux fois long ou deux fois short sur SpaceX. Ça devrait nous faire un peu réfléchir, non, cet effet de levier…

Julien Kohn : Mon avis personnel, c'est qu'il faut savoir si on veut vraiment de ça. Evidemment, ce sont des paris. Ça a un coût et ça peut aussi, à long terme, finir par causer des problèmes. C'est pourquoi, personnellement, je ne suis pas un grand fan. Si on a une vraie conviction, qu'on croit en une entreprise, on devrait acheter l'action et viser le long terme, espérer que les bénéfices augmentent. Si les bénéfices augmentent, le prix de l'action suit aussi. Mais faire des choses à effet de levier, c'est très spéculatif.

Bryan Ferrari : On a parlé des semi-conducteurs. Une normalisation semble se dessiner au Japon, où la banque centrale commence à relever ses taux, après une politique monétaire extrêmement accommodante. On voit que l'activité augmente du côté des fusions et acquisitions. Les entreprises ont du mal à trouver des repreneurs. Comment voyez-vous le Japon ? Parce que c'est un marché dont un investisseur lambda, après 20 ans sans succès, a relativement peu dans le portefeuille.

Nick : C'est vrai. Après cinq années plus inflationnistes, le Japon est sur la voie d'une normalisation. Les taux courts sont encore relativement proches de zéro, mais l'obligation à dix ans japonais offre désormais un rendement entre 2 et 2,5%, soit des niveaux qu'on n'avait plus vus au Japon depuis une éternité. La question est de savoir si un rebond structurel de leur économie, avec des chiffres de croissance structurellement plus élevés, est possible sur les dix prochaines années.

"Toutes ces belles choses qui brillent, elles aussi peuvent nous faire mal un jour."

Julien Kohn

Julien Kohn : Sur le plan macroéconomique… Leur démographie ne joue pas du tout en leur faveur. Une immigration qui n'est pas non plus vraiment élevée, voire nulle. À long terme, ils n'ont tout simplement pas de facteurs qui contribueraient à faire augmenter l'inflation. Alors pourquoi une banque centrale relèverait-elle massivement ses taux ? C'est déjà un bon signe. Maintenant, si on regarde leurs entreprises, elles ont énormément de noms qui jouent sur les thématiques importantes du moment. Ça, combiné au fait que ces entreprises se négocient à des valorisations moins chères que beaucoup d'entreprises européennes ou américaines, rend ce marché relativement intéressant.

Bryan : Le Japon est une alternative à l'Amérique ou à la Chine. Mais dans MSCI World, le Japon pèse entre 8 et 10 %. Ça reste peu, il nous reste donc l'Europe. D'une certaine manière, l'Europe, qui est anti-IA, profite actuellement du fait qu'elle n'a pas beaucoup d'IA et que le pétrole baisse. Mais les valorisations ne sont pas non plus vraiment bon marché…

Nick : Ça dépend du secteur. Les entreprises où il y a moins d'incertitude ne sont définitivement pas bon marché. Ce qui reste encore bon marché, c'est tout ce qui touche aux valeurs de consommation, que ce soit dans la gamme de prix moyenne ou même dans la gamme de prix élevée.

Julien Ensch : Ce qui est aussi très intéressant en Europe, c'est qu'on voit une véritable différence régionale. On en parle d'ailleurs depuis quelques mois, voire presque quelques années, maintenant. Le Nord de l'Europe ne se porte plus aussi bien en termes de croissance, tandis que le Sud se porte mieux. Ça se reflète depuis le début de l'année au niveau des performances. Le DAX, par exemple, est légèrement positif. Mais si on prend les indices espagnol ou italien, on voit qu'ils ont fait plus de 10% depuis le début de l'année. On voit donc une différence régionale qui s'explique par le fait que des pays comme l'Allemagne ou la France ont des problèmes structurels, notamment en matière de dépenses, surtout avec la guerre en Iran qui fait mal. De l'autre côté, on a les pays du Sud qui sont bien moins impactés par cette guerre parce qu'ils ont investi dans les énergies renouvelables.

Bryan : Venons-en au temps fort de ce trimestre, les introductions à la bourse qui sont reparties à la hausse. La plus grande introduction en bourse de l'histoire a eu lieu il y a quelques semaines avec le SpaceX d'Elon Musk.

Julien Kohn : Elon Musk est un génie. On ne peut pas le dire autrement. C'était parfaitement bien timé. Pendant longtemps, son entreprise n'a pas parlé d'IA. D'un coup et pendant quelques mois, il s'est mis à en parler massivement, disant qu'il allait créer le plus grand modèle économique des prochaine décennies… et c'est là, bien sûr, qu'il a fait son introduction en bourse, qui plus est sur un marché qui saute à deux pieds joints sur la thématique de l'IA. C'était une folie absolue. Reste à voir maintenant si c'est bon pour les actionnaires. Parce qu'il faut rappeler qu'à ce jour, c'est une entreprise qui, mis à part Starlink, n’est pas vraiment rentable, mais qui se négocie sur une valorisation exorbitante.

Bryan Ferrari : Elon Musk a aussi fait rêver les investisseurs en leur disant qu'on allait construire des data centers dans l'espace. Sachant qu'aux Etats-Unis, il y a énormément de refus parce que les gens ne veulent pas de data centers dans leur jardin, tout ce storytelling est sensationnel.

Julien Kohn : L'idée en soi est sensationnelle, il faut juste voir si elle fonctionne réellement et si elle est rentable. C'est là la grande question.

Julien Ensch : Puis ce n'est pas pour demain. Ça va prendre du temps avant d'arriver. C'est là que ça commence à devenir un peu compliqué. Maintenir une telle valorisation jusqu'à ce que ce soit réellement rentable, ça me paraît compliqué.

Julien Kohn : En ce qui concerne les introductions en bourse, ce qu'on voit aussi, ce sont les rachats d'actions, c'est-à-dire des actions que les entreprises elles-mêmes rachètent. Ça veut dire que pour la première fois, on pourrait voir plus d'actions arriver sur le marché qu'il n'en sort. Historiquement, ces dernières années, ça a toujours aidé à stabiliser le marché. Je suis curieux de voir comment le marché va réagir cette fois.

Bryan : Ce qui me choque le plus dans toutes ces introductions en bourse, c'est le manque de respect envers les indices. Les fournisseurs d'indices, S&P exclut, se sont couchés et ont simplement dit, On intègre SpaceX

Nick : Comment ça s'est passé ? Quand on veut faire plaisir à quelqu'un, on fait ce genre de choses. Je ne vois pas ça d'un bon œil. Les règles selon lesquelles une entreprise qui vient d'entrer en bourse peut être intégrée dans un indice boursier viennent tout juste d'être modifiées… et comme on investit de plus en plus de façon passive via des ETF, cela a un impact bien plus important. Chez S&P, il faut être coté depuis un an, être suffisamment grand et remplir d'autres critères avant de pouvoir intégrer un indice. SpaceX est suffisamment grand, mais il y a énormément de fournisseurs d'indices, dont le Nasdaq par exemple, qui ont désormais modifié ces règles et les ont assouplies.

Bryan : Espérons que cela ne tourne pas mal. Mais probablement qu'Anthropic et OpenAI connaîtront le même avantage, non ?

Nick : Vu que toutes ces règles ont changé, oui, ils en profiteront aussi.

Julien Kohn

Bryan : J'ai envie de dire, Merci S&P et Dow Jones de ne pas vous être laissés faire. Les règles doivent rester telles qu'elles sont. Car maintenant, ça veut dire qu'un investisseur qui veut acheter sans se compliquer la vie, mais en étant assuré de ne pas avoir de SpaceX dans son portefeuille, doit acheter un fonds actif qui investit sur des critères de valorisation, soit acheter un indice S&P. Bref, regardons vers le futur… Est-ce que ça vaut la peine de s'imaginer ce à quoi demain ressemblera ?

Nick : Non, car ce serait faux. Prédire l'indice est extrêmement difficile parce que ça dépend de 30 entreprises à travers le monde entier. Économiquement, le fait que la politique monétaire soit plus resserrée n'est bien sûr pas nécessairement positif. Néanmoins, il faut dire qu'on est actuellement nettement mieux qu'il y a quelques mois. Apparemment, le consommateur américain reste fort. La consommation discrétionnaire semble rester saine, du moins aux États-Unis. En Europe, nous n'avons pas encore de chiffres pour l'instant. On en saura plus quand tous les grands, notamment les valeurs de consommation européennes, publieront leurs résultats fin juillet, début août. Mais il se peut que le deuxième trimestre n'ait finalement pas été si mauvais que ça, l'essentiel des dégâts ayant visiblement touché les constructeurs automobiles, puisque les statistiques d'immatriculation sont sous pression un peu partout. Ce dont l'Europe profite certainement, c'est du tourisme en provenance du Moyen-Orient dont le nombre de visiteurs a augmenté. Mais on en saura plus quand les résultats du deuxième trimestre arriveront. Puis pour finir, la grande inconnue à venir, ce sont les commandes de semi-conducteurs. S'ils commençaient à reculer, ne serait-ce que marginalement… Si au lieu d'en commander 100 unités, on n'en commandait que 90, quelle serait la réaction des marchés ? Aucune idée.

Julien Ensch : Malheureusement, il reste encore une autre dimension. C'est la dimension politique. Personne n'a la moindre idée de tout ce qui va encore nous arriver. Trump nous a déjà dit 39 fois ces trois derniers mois qu'il avait trouvé l'accord avec l'Iran. Il change d'avis tous les jours et on ne sait pas vraiment quelles idées il a encore en tête. Puis, nous avons aussi les élections de mi-mandat aux États-Unis cette année. A-t-il déjà fait une croix sur ces midterms ou pas ? Ça non plus, on ne le sait pas vraiment.

Bryan : J'ai vu ce matin que le gallon d'essence aux États-Unis est repassé sous les cinq dollars. Ça veut dire que l'Américain, qui en consomme énormément, a déjà oublié qu'il y a actuellement une guerre en Iran.

Julien Kohn : La Coupe du Monde aussi a un peu calmé les gens.

Bryan Ferrari