L'artisanat luxembourgeois - Cédric Lorant

Contenu sponsorisé

L’électronique est un domaine vaste qui existe sous une pluie de formes et pour lequel on pense souvent devoir passer nos frontières pour en trouver les expert·e·s. Mais, de l’automobile au spatial en passant par l’aéronautique, Cédric Lorant a tout fait et n’en a pas fini. La tête dans l’espace et les pieds sur terre, il joue dans la cour des grands depuis notre petit pays.

« Que diriez-vous si l’on vous disait qu’une entreprise luxembourgeoise petite de quelques bureaux et d’une trentaine de personne aide, entre autres choses, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) à sonder la structure interne d’un astéroïde dans le cadre d’une mission conjointe avec la National Aeronautics and Space Administration (NASA) ? Impossible, n’est-ce pas ? Et pourtant… »

Une petite entreprise qui joue dans la cour des grands

EmTroniX, dont l’activité est de créer de l’électronique pour les besoins spécifiques de ses client·e·s aussi bien dans le domaine aéronautique que spatial, médical et militaire, ne cesse de repousser les limites. En effet, depuis le fond de la zone industrielle Bommelscheuer de Käerjeng, cette entreprise prouve qu’il ne faut pas forcément disposer d’un QG de la taille d’un village entier pour accomplir de grandes choses à l’échelle mondiale. Une bonne dose de persévérance et d’ambition jamais assouvie – deux notions qui décrivent on ne peut mieux Cédric Lorant, son fondateur et CEO – peut faire la différence.

Avec un sourire communicatif, Cédric nous offre un café et nous emmène faire un tour au sous-sol, là où est fait l’assemblage électronique. Au passage, il salue son équipe, jette un œil aux pièces contenant des machines aux noms aussi énigmatiques que leur fonctionnement et nous montre une de ses plus grandes fiertés, exposée à l’entrée des bureaux : un kicker provenant d’un café belge, « un vrai de vrai, mais on l’a mis en mode free-play » (rires).

En bas, une opératrice vêtue d’un tablier blanc et de lunettes de protection prépare une machine aux allures d’imprimante géante à la production. « On procède avec un pochoir en métal, comme pour les enfants » explique Cédric. « On le fait à la main pour les petites pièces. Une fois que c’est assemblé, ça passe au four. C’est de la cuisine ! »

L’endroit est à la fois impressionnant tout en restant charmant et accueillant. Cédric s’est construit un petit empire à son image et on ne peut s’empêcher de penser que son entreprise a réussi à joindre le meilleur des deux mondes ; renommée internationale et chaleur familiale, aller dans l’espace et garder les pieds sur terre. Mais son chemin vers la réussite n’était pas tracé d’avance et le CEO d’EmTroniX a parfois dû forcer son destin. En effet, dès son plus jeune âge, il a visé la Lune sans savoir que, un jour, il aiderait à y envoyer des satellites.

Belge de naissance aux origines luxembourgeoises, Cédric a grandi de l’autre côté de la frontière et, déjà au lycée, il était attiré par la technologie. Malheureusement, « c’était dans les années ’80 et il n’y avait pas encore énormément d’informatique personnelle », l’école n’était donc ni équipée, ni formée afin de pouvoir proposer des cours dans ce domaine. « Je me souviens de mes amis et moi demandant au responsable du lycée où aller pour programmer de l’informatique. Il était dépassé et nous a dit d’aller en économie. Pour lui, l’informatique était de l’encodage. »

Décidés à programmer, Cédric et ses copains ne se sont pas arrêtés à cet obstacle et ont appris en autodidactes. Ensemble, ils ont programmé « des jeux vidéo, quelques interfaces graphiques et un mini système d’exploitation pour Commodore 64 ». C’était donc sûr : cette fibre était bien présente en lui, et ses parents l’ont vu. Une fois le lycée terminé, ils l’ont envoyé à l’Institut Supérieur Industriel Pierrard où il a eu ses premiers vrais cours en informatique. C’est là qu’il a découvert l’électronique à travers des études d’ingénieur, « le tronc commun, avant de partir à l’Institut Supérieur Industriel de Bruxelles pour en faire ma spécialisation ». Une fois ses études terminées, Cédric a pris le chemin du monde automobile. Pendant 7 ans, il a conçu des calculateurs moteurs pour Delphi Automotive avant de prendre un autre virage et de quitter l’entreprise afin de créer la sienne avec 2 collègues en 2001. Depuis, EmTroniX ne cesse de grandir et ce à pas de géant.

« Techniquement, le premier satellite privé autour de la Lune est luxembourgeois. »

Les premières activités d’EmTroniX étaient, elles aussi, dans le domaine de l’automobile, avant de dévier vers l’aéronautique. « Notre premier client a été l’Institut Français du Pétrole. On leur a fait un calculateur moteur ouvert. » Ensuite, en 2006, l’entreprise s’est lancée dans l’aéronautique à travers une collaboration avec Eurocopter – aujourd’hui Airbus Helicopter. « Il y a 30 ans, la climatisation dans les hélicoptères, c’était chaud-froid. C’était basique. Connaissant notre expertise, ils sont venus chez nous pour qu’on leur implémente une climatisation digne d’un véhicule d’aujourd’hui. » Puis, en 2008, Cédric a rencontré le directeur de LuxSpace, la filiale luxembourgeoise de OHB, et a commencé à travailler avec eux, notamment « sur 2 satellites commerciaux en 2009, 2010 ». Enfin, c’est Thales Alenia Space Germany qui les a approchés pour un suivi d’anticollision d’avion (ADS-B). « On leur a développé un récepteur from scratch dont on a toujours la propriété intellectuelle. » Depuis, EmTroniX fait de plus en plus de projets dans le domaine du spatial.

A ce jour, sa plus belle carte de visite reste la charge 4M – Manfred Memorial Moon Mission – qui a littéralement titillé les étoiles en hommage au regretté Marco Fuchs, ancien directeur d’OHB, qui rêvait d’aller sur la Lune. « LuxSpace, ayant de bonnes relations avec des lanceur·se·s en Asie, a eu l’opportunité d’avoir une charge attachée sur une fusée chinoise non-gouvernementale qui allait faire une révolution autour de la Lune et a fait appel à nous. C’était un challenge, on avait peu de temps, mais on l’a fait. On peut donc dire que, techniquement, le premier satellite privé autour de la Lune est luxembourgeois ! »

Satellite luxembourgeois

Cédric Lorant à propos du Manfred Memorial Moon Mission.

*en français

Le succès d’EmTroniX est donc aussi né de collaborations avec des partenaires croyant en leur compétences. Cédric en a d’ailleurs rencontré certain·e·s à travers la Chambre des métiers et des commerces qu’il salue pour leur rôle d’intermédiaire entre entreprises. « Grâce à eux, j’ai tissé des liens avec les acteur·rice·s du Luxembourg. Je suis peut-être old school, mais pour moi, une relation économique est d’abord une relation humaine. Je les félicite. » Cédric est donc un CEO comblé.

Métier ou passion ?

Mais qu’est-ce que le job de CEO d’une entreprise d’électronique embarquée réellement ? « Mon boulot, normalement, serait de faire faire faire et de faire faire, mais de ne plus faire. Malheureusement, je fais toujours. (rires) Sinon, c’est les relations client·e·s et promouvoir la société, mais je veux absolument garder un œil technique pour pouvoir être convaincu de mes réponses quand j’en donne aux client·e·s » …et par passion.


En effet, Cédric est passionné par son métier. Les phrases dans lesquelles il ne mentionne pas l’électronique sont rares. « Vous savez, quand vous êtes chef d’entreprise, le travail ne s’arrête jamais. » Ce qui le fascine tant, c’est « le fait de créer quelque chose » que ce soit un logiciel dématérialisé ou un produit physique et concret. « C’est génial de voir le résultat d’une pièce qu’on a construite à partir de rien… Surtout quand ça marche ! »

Cette passion, Cédric Lorant essaie de la promouvoir auprès des jeunes, car, lorsqu’il dévie du domaine de sa passion, c’est pour parler de la jeunesse qui lui tient tant à cœur. « Je me suis longtemps occupé d’une maison de jeunes. Je les aidais pour les maths et la physique. J’essayais de leur donner une petite étincelle et de les faire aimer la technique » dont les métiers sont, selon lui, cruellement dénigrés.

Aujourd’hui encore, le CEO d’EmTroniX s’engage autant que possible dans la formation. « Je vais parler à des jeunes dans les lycées dès que j’en ai l’occasion. Je leur explique que, leur choix de carrière, ils·elles doivent le faire avec le cœur. Je leur dis que ‘l’argent, c’est bien, mais tu vas travailler pendant 45 ans donc autant que tu fasses quelque chose qui te plaît !’ Mes employé·e·s aiment ce qu’ils·elles font. »

Pour Cédric, les jeunes doivent prendre leur destin entre leurs mains et apprendre à penser de manière indépendante. « Quand je veux engager quelqu’un, s’il·elle me dit ‘je ne sais pas faire ça, je ne l’ai pas appris à l’école’, ça n’ira pas. Ce n’est pas parce que tu ne l’as pas appris à l’école que tu ne peux pas le faire. L’école, ce n’est qu’une boite à outils. C’est en cherchant, en concevant et en réalisant qu’ils·elles vont pouvoir progresser et que la société va grandir. »

« L’école, ce n’est qu’une boite à outils. Ce n’est qu’en cherchant, en concevant et en réalisant qu’on peut progresser. »

En plus de tout cela, Cédric accueille des étudiant·e·s dans son entreprise quand il le peut et « essaie de les former au mieux avec de vraies missions qui ont un sens, car c’est notre devoir. » D’ailleurs, beaucoup de ses ingénieur·e·s sont passé·e·s faire un stage chez lui avant d’y être engagé·e·s ; « j’ai vu qu’ils·elles avaient cette flamme ». Mais, seul, il ne pourra pas changer les choses. « La petite goûte, elle fait de petits ruisseaux, puis une rivière, etcetera… Si on est plusieur·e·s à promouvoir ça, il y a moyen de faire quelque chose. »

« Je me souviens d’une phrase, pourtant banale, qui m’avait touché. Elle vient d’un garçon que j’allais aider en maths dans une maison de jeune en 1998. On s’est croisé 4 ans plus tard, il m’a reconnu, a couru vers moi et m’a dit ‘Merci Cédric, tu m’as fait aimer les maths et j’en ai fait mon métier.’ Cette petite phrase, elle m’a rendu heureux parce que, même si je n’ai réussi à en aider qu’un, c’est un de gagné. Je me suis dit ‘ça vaut la peine, il faut continuer.’ »

Passion

Cédric Lorant à propos de l’importance de choisir un métier qu’on aime.

*en français

A côté de la formation des jeunes, d’autres challenges du futur trottent dans la tête du CEO : un projet avec la NASA et l’ESA consistant à analyser les astéroïdes qui gravitent autour de la terre « afin d’avoir la capacité de prendre la bonne décision si un jour l’un d’entre eux dévie vers nous » et dans lequel EmTroniX a été sollicité pour son expertise en télécommunication, l’exploration de la Lune et de Mars « parce qu’on ne va pas tou·te·s pouvoir rester sur cette planète » et la montée en puissance du pays et de son entreprise en capacité de production.

En effet, ayant été une entreprise de services à ses débuts, EmTroniX bascule désormais vers « la petite production en série pour du médical, de l’aéronautique, du spatial et du militaire ». Pour produire cela, beaucoup de firmes luxembourgeoises feraient appel à l’étranger, une solution exclue pour Cédric Lorant. « Pas besoin d’aller à l’extérieur. On peut tout produire nous-mêmes. Oui, on va peut-être gagner un peu moins, mais le but n’est pas de faire plus d’argent, c’est de pérenniser. Ça coute plus cher, mais ça reste économiquement rentable parce que le développement de la société compense. »

« Mon but n’est pas de faire de l’argent, c’est de pérenniser. »

Comme quoi, Cédric a beau avoir la tête dans les étoiles à travers toutes les pièces signées EmTroniX qui gravitent dans l’espace, ses pensées restent bien ancrées sur terre. On ne peut plus engagé pour les acteur·rice·s du monde de demain et le développement du pays et de sa société, il prouve à lui tout seul que les héro·ïne·s ne portent pas forcément tou·te·s une cape.