Professionnel·le·s des soins au Luxembourg : "Nous travaillons en permanence dans l'illégalité"
Par Melody Hansen, Lex Kleren Changer en allemand pour l'article original
Au Luxembourg, les professionnel·le·s des soins prennent régulièrement, dans leur pratique quotidienne, des décisions qui contreviennent au droit en vigueur. Les médecins ne le savent pas seulement, ils en dépendent même. Une nouvelle loi était censée changer cette situation, mais la ministre compétente, Martine Deprez, reconnaît elle-même qu'elle aura peu d'effet dans la pratique. Elle promet une véritable réforme pour l'automne.
Janine (nom modifié par la rédaction) travaille comme infirmière dans les soins ambulatoires. Dans un entretien accordé au Journal, elle raconte le cas d'un homme âgé. Celui-ci porte une sonde urinaire, car il n'est plus capable d'aller seul aux toilettes. Lorsqu'elle est passée le voir un soir il y a quelques jours, elle a constaté que la sonde ne drainait plus d'urine et que le patient se plaignait de douleurs abdominales. La sonde était manifestement obstruée et devait être rincée. Si elle reste bouchée, l'urine s'accumule, ce qui provoque des douleurs et peut endommager les reins. Janine sait qu'un rinçage permettrait de résoudre le problème et a appris à effectuer ce geste pendant sa formation. Mais elle n'a pas le droit de le faire sans prescription médicale. Le cabinet du médecin traitant est fermé. Elle est donc contrainte de faire transférer le patient à l'hôpital. Celui-ci doit subir le stress lié à cette situation, ainsi que les allers-retours inutiles, auxquels s'ajoutent les frais de transport médical et le temps d'attente aux urgences. Janine aurait pu régler le problème sur place en moins de quinze minutes, avec quelques gestes simples et maîtrisés. Mais elle se serait alors rendue passible de poursuites.
Il ne s'agit pas d'un cas isolé. Au Luxembourg, les professionnel·le·s des soins évoluent quotidiennement sur une véritable ligne de crête entre le bon sens et la législation. En effet, tous les actes qui ne sont pas explicitement reconnus par la loi comme des actes infirmiers autonomes ne peuvent être réalisés sans prescription d'un·e médecin, et ils sont nombreux. Certes, les infirmier·ère·s peuvent agir de leur propre initiative lorsqu'il y a un danger vital. Mais les situations qui compliquent leur quotidien relèvent rarement de cette catégorie.
Accède à la suite du contenu.
-
Abonnement annuel185,00 €/an
-
Abonnement mensuel18,50 €/mois
-
Zukunftsabo pour abonné·e·s en-dessous de l'âge de 26 ans120,00 €/an
As-tu déjà un compte ?
Connecte-toi