Éditorial – Soigner à ses risques et périls
Par Melody Hansen Changer en allemand pour l'article original
Le système de santé luxembourgeois ne fonctionne que parce que le personnel soignant enfreint quotidiennement la loi en vigueur. Une réforme aurait dû changer la donne, mais ce n'est pas le cas.
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"Nous nous trouvons constamment dans l'illégalité, alors même que nous travaillons dans l'intérêt des patients", explique Janine (nom modifié par la rédaction). Infirmière en soins ambulatoires, elle énumère, dans une interview accordée à journal.lu, de nombreuses situations dans lesquelles elle doit choisir : sauver une vie ou respecter la loi?
Sa collègue Susi (nom modifié par la rédaction) confirme que cette question est également devenue monnaie courante dans le quotidien hospitalier. Les médecins sont au courant et comptent sur les infirmier·ère·s pour choisir l'option la plus raisonnable, même si celle-ci n'est pas toujours compatible avec les dispositions légales. "Tu sais bien que tu peux le faire avec moi", leur dit-on alors. Car : "si les médecins devaient rédiger une ordonnance à chaque fois qu'un·e soignant·e à l'hôpital en aurait besoin selon la loi, ils n'auraient plus le temps d'opérer."
Un exemple concret : un patient atteint d'un anévrisme de l'aorte abdominale ne doit en aucun cas souffrir de constipation, car son aorte risquerait alors d'éclater et il pourrait se vider de son sang en moins de deux minutes. Or, le personnel soignant n'a pas le droit d'administrer le médicament contre la constipation sans ordonnance médicale, alors que n'importe quel citoyen lambda peut se le procurer en pharmacie sans ordonnance.
Autre exemple absurde, particulièrement parlant au vu de la récente canicule : les personnes âgées perdant souvent la sensation de soif, elles se déshydratent plus rapidement. Un minuscule cathéter placé sous la peau pour administrer du liquide pourrait l'éviter. L'intervention est extrêmement peu risquée. Même si un·e patient·e arrachait le cathéter pendant la nuit, le pire qui puisse arriver serait un lit mouillé. Un·e infirmier·ère peut évaluer à l'aide de tests simples si un·e patient·e est à risque. Pourtant, il ou elle n'a pas le droit d'agir sans prescription médicale – et le week-end en particulier, celle-ci met souvent trop de temps à arriver. Entre-temps, les patient·e·s finissent aux urgences.
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