Un deuil invisible

Par Audrey SomnardMisch Pautsch

C’est le tabou ultime. Perdre son bébé en cours de grossesse ou quelques heures après la naissance est une épreuve dont personne ne parle. Des parents désemparés se sentent seuls au monde. Une situation qui n’est pourtant pas extraordinaire, mais qui reste derrière les portes closes. Le Journal a pris le temps d’interroger spécialistes et familles sur un deuil pas comme les autres.

Quand on perd un parent on est orphelin. Il n’existe pourtant pas de terme pour désigner celui·celle qui perd son enfant, la douleur est sans doute trop immense pour y poser un mot. Elle-même concernée, Monique Fey, chargée de direction de l’Initiativ Liewensufank, a écrit un livre sur son expérience, puis « les consultations se sont imposées », qu’elle anime depuis des années maintenant. Elle a perdu ses jumeaux lors d’une fausse couche, mais c’est surtout la perte de sa fille, peu après la naissance, lors de sa première grossesse, qui l’a beaucoup marqué. C’est lors des contrôles de routine qu’elle apprend que sa fille est atteinte de hernie diaphragmatique : il s’agit de la formation d'une brèche dans le muscle du diaphragme, par laquelle les viscères de la cavité abdominale remontent dans la cavité thoracique et compriment les poumons.

Les médecins préconisent une interruption médicale de grossesse (IMG), mais le couple y croit : « Je me suis beaucoup renseignée, nous étions d’accord avec mon mari pour tenter la chirurgie car je voulais lui donner toutes ses chances, j’avais vu des enfants sur lesquels cela avait marché. » Malheureusement, leur fille décède suite à un traitement post-opératoire, 17 jours après la naissance. Monique Fey n’oubliera jamais les paroles d’un médecin, « je vous l’avais bien dit ! », un vrai coup de poignard. C’est lors de la naissance de leur deuxième fille, que le traumatisme de la première naissance est revenu. Ayant des difficultés à trouver de l’aide auprès de ses proches, Monique Fey s’en est remise à l’association Omega 90 qui propose des groupes de parole.

Forte de son expérience d’infirmière en néonatalogie à Bruxelles, cette spécialiste rappelle qu’un tiers des grossesses finit en fausse couche, c’est-à-dire dans les douze premières semaines de grossesse. Mais cela prend une tout autre envergure quand la grossesse s’arrête à un stade avancé. Les cas sont divers : fausse couche à différents stades, mort subite du nourrisson, in utero ou quelques heures ou jours suivant la naissance. D’autres malformations fatales sont à l’origine d’IMG (interruption médicale de grossesse) pour celles qui ne souhaitent pas poursuivre la grossesse.

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