L'aide financière aux études bloquée à la frontière allemande

Par Sherley De DeurwaerderLex Kleren Changer en allemand pour l'article original

Le Luxembourg accorde des aides généreuses à ses étudiant·e·s – y compris, en principe, à celles et ceux dont les familles résident dans les régions frontalières. Toutefois les divergences entre les réglementations des différents États peuvent tout simplement empêcher les étudiant·e·s de recevoir leurs aides financières. Une impasse amenée à concerner de plus en plus de familles chassées du Grand-Duché par les prix de l'immobilier. 

Dans ce pays, il existe une règle tacite : celles et ceux qui ont obtenu leur première classique partent faire des études. Nicole (nom modifié par la rédaction) n'a pas fait exception à la règle.

Cette jeune femme de 21 ans a grandi au Grand-Duché dans des conditions modestes, dans un petit village isolé – jusqu'à ce que sa famille n'ait plus d'autre choix, il y a un an, que de quitter son domicile. Continuer à louer, voire acheter un logement au Luxembourg, n'était pas envisageable pour sa mère célibataire. Elles ont donc déménagé de l'autre côté de la frontière, en Rhénanie-Palatinat, pendant que Nicole révisait ses examens de fin d'études.

Mais lorsqu'elle a ensuite demandé son aide financière aux études (appelée AideFi) au Luxembourg, elle s'est retrouvée de manière inattendue prise dans un cercle vicieux bureaucratique. Après avoir déposé sa demande, le système luxembourgeois lui demande de prouver qu'elle ne perçoit pas déjà des aides dans son nouveau pays de résidence. En théorie, il suffirait dans ce cas de s'adresser au service du Bafög (abréviation de "Bundesausbildungsförderungsgesetz", loi fédérale sur l'aide à la formation). Mais dans son cas, Nicole va passer l'été et les premières semaines de ses études à courir après un fantôme bureaucratique. En réalité, compte tenu des revenus de sa famille, elle aurait dû avoir droit à une aide maximale.

Un cercle vicieux bureaucratique

"Je dois prouver que je ne reçois pas d'argent de mon pays de résidence. Pour obtenir cette prétendue attestation de non-versement, je dois déposer une demande de Bafög en Allemagne. Mais là-bas, ils exigent les documents des deux parents." Nicole marque une courte pause, serre les lèvres. "Mais je ne suis pas en contact avec mes deux parents. L'administration allemande s'en moque, elle exige que je les contacte tous les deux. Et si je ne le fais pas, ils lui envoient (à son père, ndlr) d'étranges lettres de menace… enfin, ils appellent ça des rappels, dans lesquels ils lui disent qu'il doit s'en occuper." Même si son père s'est vu retirer le droit de garde il y a des années, il est légalement tenu de continuer à verser une pension alimentaire à sa mère chaque mois, car, à strictement parler, Nicole n'a pas encore terminé sa formation.

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