J'ai deux mots à vous rire - L'essence et l'existence

Par Claude Frisoni

Pour éviter une guerre fratricide franco-luxembourgeoise, notre chroniqueur a enfilé son casque bleu.

Il y a bien longtemps que le Luxembourg et la France n’avaient pas connu d’incident de frontière. En tout cas, il y a bien longtemps que ni les autorités, ni les troupes armées, ni les citoyens des deux pays n’avaient frôlé un départ de conflit du côté de leurs villes frontières. Ni l’un ni l’autre des deux pays n’avaient de revendication territoriale et l’Orangerie du Parc de Mondorf pouvait accueillir des chefs d’État étrangers en visite officielle au Grand-Duché tout en étant situé en territoire français, sans que cela ne dégénère en vilaine polémique. Et même s’il se trouve de nos jours du côté du pays dit des Lumières un Zinzin-qui-signe-d’un-Z-qui-veut-dire-zéro, capable de réclamer aux pays européens les territoires qui leur furent rendus après Waterloo, les Ambassadeurs des deux pays coulaient des jours tranquilles en partageant leur temps entre pince-fesses mondains et dépôts de gerbes matinaux. Mais nous vivons décidément une époque bizarre et la presse quotidienne nous a informés ces jours-ci d’incidents qui pourraient nécessiter la réunion d’urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU. Des policiers et des gendarmes français sont venus faire le plein de leurs véhicules de service au Luxembourg, en tenue et avec leurs armes !

Rien ne leur interdit de venir remplir les réservoirs des voitures du commissariat ou de la gendarmerie au Luxembourg. C’est pourtant une idée particulièrement saugrenue ! Qu’on en juge. Les policiers et les gendarmes français sont des agents de l’État français. Ils sont payés par l’État français. Leurs véhicules de service appartiennent à l’État français. Fort bien. Pourquoi passent-ils la frontière pour s’approvisionner en carburant ? Parce qu’il est moins cher au Luxembourg. Ok. Mais pourquoi est-il moins cher ? Parce que le Luxembourg pompe son pétrole directement du côté du Kirchberg ? Non pas. Parce que l‘État luxembourgeois prélève (un peu) moins de taxes sur les carburants que son voisin l’État français. Donc, quand des employés de l’État français payent des taxes sur l’essence en France, avec les sous de l’État français, ils font gagner des sous à leur patron, l’État français. S’ils vont faire le plein au Luxembourg, même s’ils payent moins cher, ils ne font gagner des sous qu’à l’État luxembourgeois et plus du tout à leur patron, l’État français. Suis-je clair ?

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