Construire le sentiment d'appartenance : le long et sinueux chemin vers l'euro

Par Sherley De Deurwaerder, Lex Kleren, Misch Pautsch Changer en anglais pour l'article original

Cet été, la Banque centrale européenne a pris une initiative sans précédent : elle a demandé au public à quoi devraient ressembler les prochains billets en euros. La question remonte bien avant 2026. Cinquante-six ans plus tôt, Pierre Werner avait déjà esquissé les premières grandes lignes d'une monnaie européenne – une monnaie qui ne ferait son apparition dans les portefeuilles qu'en 2002, et qui mettrait encore plus de temps à s'intégrer naturellement dans la vie quotidienne des Européen·ne·s.

Il fut un temps où la confiance dans l'euro restait à gagner. Lorsque les billets et pièces en euros ont été mis en circulation début 2002 dans douze pays, un sentiment tenace s'est ancré dans l'esprit du public : tout devenait plus cher. En Allemagne, les critiques linguistiques ont sacré le néologisme "Teuro" – un mélange de "teuer" (mot allemand signifiant "cher") et d'"euro", inventé par le magazine satirique Titanic et popularisé par Bild (qui était également très lu au Luxembourg) comme "mot de l'année 2002". Cette vague de mécontentement s'est propagée jusqu'au Luxembourg, où l'OGBL a repris ce terme dans un communiqué de presse à la suite d'une indexation intervenue plus tôt que prévu.

Un sentiment persistant régnait dans toute la zone euro selon lequel le coût de la vie ne cessait d'augmenter. Les études et les statistiques montrent que cette inflation perçue correspondait dans une certaine mesure à la réalité, mais pas de manière aussi drastique qu'on l'imaginait – en mai 2002, l'Allemagne enregistrait un taux d'inflation de seulement 1% –, ce qui n'a toutefois pas suffi à apaiser le mécontentement populaire. Même au Grand-Duché, où la Banque centrale du Luxembourg, en collaboration avec d'autres institutions, avait distribué à tous les foyers un guide pédagogique sur l'euro, accompagné d'exercices pratiques, afin d'aider chacun à se préparer au mieux à la transition, certain·e·s ont eu du mal à s'adapter au changement. Rétrospectivement, cela n'a rien de surprenant, puisque le passage à la monnaie unique a été essentiellement une décision imposée d'en haut ; les citoyen·ne·s ordinaires et les partenaires sociaux n'ont pas été associés au processus décisionnel.

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