J’ai deux mots à vous rire - Qui suis-je ?

Par Claude Frisoni

Notre chroniqueur soupçonne son identité d’être à la carte…

La tendance est mondiale, l’inquiétude cruciale. Un peu partout, les revendications identitaires, les expressions identitaires, les idéologies identitaires, les partis identitaires, les mouvements identitaires, les médias identitaires… tentent d’imposer leurs vues, leurs angoisses, leurs phobies, leurs obsessions.

La tendance est telle que j’ai fini par m’interroger. Quelle est donc mon identité principale ? Être un homme ? Mais je m’appelle Claude et ce prénom épicène est pour le moins ambigu. En fait, je me sens plus proche de Louise Michel que de Robert Brasillach, plus en phase avec Annie Ernaux qu’avec Maurice Barrès.

Être français ? Mais si le nom de jeune fille de ma mère sonnait comme un patronyme du terroir, à consonance presque noble et signalé déjà dans des archives du 12e siècle, mon grand-père paternel est arrivé d’Italie à la fin du 19e, pour descendre dans une mine de fer lorraine.

Mon père est né en France de parents italiens. Il est devenu français grâce au formidable droit du sol que certains menacent aujourd’hui, de peur d’un fantasmagorique grand remplacement. Mon père ne s’est pas contenté de naître pour être français. Il a fait deux ans de service militaire. Puis, en 1939, il a été mobilisé pour participer à la Deuxième Guerre Mondiale. Démobilisé après la débâcle de Dunkerque, il a participé au maquis périgourdin.

Cela fait déjà quelques raisons de prétendre avoir mérité de sa patrie d’adoption. Si on y ajoute que le bonhomme a épousé une Française, qu’il a été un bon père de famille, un bon citoyen et un honnête contribuable… on se dit qu’il n’a pas volé sa carte d’identité de la République.

Mais cela suffit-il à m’avoir légué une identité française ? Je me sens aussi à l’aise sur les rives du Lago d’Iseo, berceau de la famille de ma femme, que du côté de la douce Dordogne, d’où venait la famille de ma mère.

J’ai travaillé durant 35 ans au Luxembourg, où j’ai vécu 30 formidables années de ma vie. Nombre de mes amis y sont encore et j’ai de merveilleux souvenirs de mon long passage dans ce pays, qui est un peu beaucoup le mien, même sans en avoir le passeport.

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